Comment produire localement de l’énergie renouvelable à partir de la biomasse tout en valorisant les ressources disponibles sur les territoires ? Comment transformer les déchets agricoles, les effluents organiques ou encore le CO₂ biogénique en nouvelles ressources mobilisables pour la décarbonation ?
Ces questions étaient au cœur du dernier Club Bioénergies organisé par Capenergies autour d’une thématique au cœur des dynamiques territoriales actuelles : les circuits courts du carbone et de l’énergie.
À l’heure où la France accélère sa transition énergétique, la biomasse occupe une place stratégique. Selon la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), le biogaz est appelé à jouer un rôle croissant dans le mix énergétique national, avec un objectif de plusieurs dizaines de térawattheures injectés dans les réseaux à l’horizon 2035. Plus largement, les bioénergies représentent aujourd’hui la première source d’énergie renouvelable en France, couvrant près de 60 % de la production d’énergie renouvelable primaire.
Au-delà de la production énergétique, la filière évolue rapidement vers une logique d’économie circulaire, où la biomasse devient une matière première capable de produire simultanément de l’énergie, des molécules d’intérêt, du CO₂ biosourcé et de nouveaux services environnementaux.
C’est précisément cette évolution vers des modèles plus intégrés qu’ont illustrée les différentes interventions de cette rencontre.
La finance carbone : un nouveau levier pour les projets territoriaux
Au-delà des mécanismes traditionnels de financement, les marchés volontaires du carbone (échanges de crédits issus de projets réduisant ou évitant des émissions) ouvrent aujourd’hui de nouvelles perspectives pour accompagner les projets de transition.
Aurélie Levet et Nadia Trainar, du Geres, ont présenté les enjeux liés à la finance carbone, aux crédits carbone et aux attentes croissantes des financeurs vis-à-vis des projets de valorisation de la biomasse.
Les échanges ont mis en lumière l’évolution rapide du marché volontaire du carbone, où les investisseurs recherchent désormais des projets démontrant des impacts environnementaux mesurables, une qualité méthodologique élevée, une gouvernance robuste et des retombées concrètes pour les territoires.
Au-delà de la seule réduction des émissions de gaz à effet de serre, les projets sont aujourd’hui évalués sur leur capacité à générer des co-bénéfices : préservation des ressources, développement économique local, résilience des territoires ou encore création de valeur pour les filières agricoles.
Dans ce contexte, la finance carbone apparaît de plus en plus comme un levier complémentaire pour accélérer le développement de projets territoriaux ambitieux et renforcer leur modèle économique.
Mieux connaître les potentiels locaux grâce aux données
Le développement de la méthanisation repose sur une connaissance fine des ressources disponibles et des dynamiques territoriales.
À travers la présentation de Métha’Zoom, Sylvain Mercier, d’AtmoSud, a montré comment les outils cartographiques permettent aujourd’hui d’identifier les potentiels de développement de la méthanisation, de visualiser les ressources mobilisables et d’accompagner les décideurs dans leurs choix d’aménagement.
L’utilisation de la donnée devient ainsi un outil opérationnel d’aide à la décision, permettant de prioriser les zones pertinentes et de limiter les risques de sous dimensionnement ou de concurrence d’usage, pour optimiser le développement des projets.
Valoriser les déchets agricoles : faire de la transition une réalité de terrain
À travers le retour d’expérience du Centre de Valorisation Alcyon, Cindy Coq a rappelé que la valorisation des déchets agricoles dépasse largement la seule production d’énergie renouvelable.
L’intervention a mis en évidence une approche fondée sur les réalités du terrain : partir des besoins des exploitations agricoles et des territoires pour construire les solutions les plus adaptées.
Un message fort est ressorti des échanges : retour au sol de la matière organique et méthanisation ne s’opposent pas, mais relèvent d’arbitrages à l’échelle locale. Chaque ressource doit être orientée vers l’usage le plus pertinent, qu’il s’agisse de produire de l’énergie, de préserver la fertilité des sols ou de développer une économie circulaire locale.
Cette vision repose sur trois piliers essentiels : la proximité entre les acteurs, la connaissance fine des gisements et des besoins locaux, ainsi que la confiance entre l’ensemble des parties prenantes.
En définitive, l’enjeu n’est pas de choisir entre production d’énergie et performance agronomique, mais bien de les articuler afin de construire des modèles territoriaux durables, conciliant transition énergétique, valorisation des ressources et résilience des systèmes agricoles.
Le CO₂ biogénique : une nouvelle ressource pour l’industrie
Longtemps considéré comme un simple sous-produit de la méthanisation, le CO₂ biogénique suscite aujourd’hui un intérêt croissant. Madeleine Alphen, de CVE, est revenue sur les perspectives offertes par la valorisation de ce CO₂ renouvelable, dont les débouchés se multiplient : industrie agroalimentaire, carburants de synthèse, chimie bas carbone ou encore procédés industriels.
Dans un contexte de décarbonation de l’industrie, cette ressource pourrait devenir un maillon essentiel des futures chaînes de valeur de l’économie circulaire.
Former les compétences de demain
La transition vers une bioéconomie durable nécessite également de nouvelles compétences.
Viviane Robert, d’Aix-Marseille Université, a présenté le projet européen AGRIMA (Erasmus+), consacré aux pratiques innovantes de gestion des déchets agroalimentaires.
Ce projet illustre l’importance de la formation et de la diffusion des connaissances pour accompagner les évolutions technologiques, réglementaires et organisationnelles de la filière.
Merci à l’ensemble des intervenants et des participants pour la qualité des échanges qui ont nourri cette nouvelle édition du Club Bioénergies.
RDV lors du prochain club Bioénergies le 15 octobre 2026
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