Retour sur la rencontre Club H2 Sud en partenariat avec la Délégation Sud France Hydrogène – 19 mai 2026
Longtemps considérés comme deux révolutions distinctes, le nucléaire et l’intelligence artificielle commencent aujourd’hui à converger.
D’un côté, l’essor spectaculaire de l’IA transforme les besoins énergétiques mondiaux. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la consommation électrique des centres de données pourrait plus que doubler d’ici 2030, portée par le développement des modèles d’intelligence artificielle. Pour répondre à cette demande, les géants du numérique réinvestissent massivement dans le nucléaire : Microsoft, Google, Amazon et Meta ont tous annoncé des partenariats ou des investissements dans des capacités nucléaires, représentant près de 10 GW dédiés à l’alimentation de leurs infrastructures d’IA.
De l’autre côté, l’intelligence artificielle devient un levier de transformation de la filière nucléaire. Maintenance prédictive, conception assistée, optimisation des opérations, traitement documentaire, qualification des équipements, cybersécurité ou encore accélération des procédures réglementaires : les applications se multiplient et ouvrent une nouvelle phase de modernisation de l’industrie.
Dans ce contexte, le Club Nucléaire Capenergies a réuni près de 70 industriels, chercheurs et experts afin d’explorer les opportunités offertes par l’IA pour renforcer la performance, la sûreté et la compétitivité de la filière nucléaire.
Une révolution qui commence par la donnée
Le succès d’un projet d’intelligence artificielle repose avant tout sur la qualité des données qu’il mobilise.
En ouverture de la rencontre, Cédric Gouy-Pailler, du CEA, est revenu sur les prérequis indispensables à la mise en œuvre de projets IA dans le nucléaire : gouvernance de la donnée, qualité des référentiels, souveraineté numérique, cybersécurité et protection des informations sensibles.
Dans une industrie où les exigences de sûreté sont parmi les plus élevées au monde, la maîtrise des données constitue un prérequis au développement d’applications d’intelligence artificielle fiables.
Anticiper plutôt que subir : l’IA au service de la maintenance
L’une des applications les plus matures concerne aujourd’hui la maintenance prédictive.
À travers un retour d’expérience présenté par Jean-Baptiste Léger, d’iQanto – Groupe SNEF, les participants ont découvert comment les outils d’intelligence artificielle permettent d’exploiter les données issues des équipements afin de détecter plus précocement les dérives, anticiper les défaillances et optimiser les opérations de maintenance.
Une approche qui contribue à améliorer la disponibilité des installations et à mieux planifier les interventions.
Le CEA a également illustré ces perspectives avec les travaux présentés par Javier Gil-Quijano, consacrés à l’application de l’IA prédictive à la maintenance des réacteurs nucléaires de quatrième génération, encore au stade de développement, démontrant le potentiel de ces technologies pour accompagner les futures générations d’installations.
Réinventer la conduite des grands projets industriels
Les bénéfices de l’intelligence artificielle dépassent largement les seuls enjeux d’exploitation.
Jean-Daniel Delaplagne, d’ITER Organization, a présenté plusieurs applications de l’IA dans la gestion des grands projets industriels complexes.
Planification, analyse documentaire, gestion des risques, coordination des acteurs ou encore suivi des délais : autant de domaines dans lesquels l’IA peut constituer un véritable outil d’aide à la décision pour des projets caractérisés par une forte complexité organisationnelle et documentaire.
Concevoir plus vite, concevoir mieux
L’intelligence artificielle générative ouvre également de nouvelles perspectives dans les phases de conception.
À travers leur intervention, Bérenger Fister et Nicolas Bureau, d’Assystem, ont montré comment ces nouveaux outils permettent d’accélérer certaines tâches d’ingénierie, d’améliorer la qualité documentaire et de fiabiliser les processus de conception.
Une évolution qui s’inscrit dans une tendance plus large observée à l’international. En 2026, Microsoft et NVIDIA ont annoncé un partenariat visant à développer des solutions d’IA destinées à simplifier la conception des centrales nucléaires et à accélérer les processus réglementaires. Aux États-Unis, le Department of Energy expérimente également l’utilisation de l’IA pour automatiser la préparation de dossiers de sûreté destinés aux autorités de régulation.
Une IA au service de la conception et de la qualification
Enfin, Emmanuel Ren, d’Orano, est revenu sur les usages de l’intelligence artificielle pour accompagner les activités de conception et de qualification des équipements.
L’objectif n’est pas de remplacer l’expertise humaine, mais de fournir aux ingénieurs des outils capables de traiter des volumes massifs d’informations, d’accélérer les analyses et de renforcer la robustesse des décisions techniques.
Une nouvelle étape pour la filière nucléaire
Au-delà des démonstrations technologiques, cette nouvelle édition du Club Nucléaire a mis en évidence une évolution de fond : l’intelligence artificielle s’impose progressivement comme un facteur de compétitivité pour l’ensemble de la filière nucléaire.
Dans un contexte marqué par la relance mondiale du nucléaire, avec plus de 60 réacteurs actuellement en construction et plus de 40 pays envisageant de développer ou de renforcer leur programme nucléaire, les capacités d’innovation, de maîtrise des données et d’intégration de l’IA constitueront des avantages stratégiques majeurs.
En réunissant industriels, centres de recherche, grands donneurs d’ordre et entreprises innovantes, Capenergies contribue à faire émerger les collaborations, à diffuser les retours d’expérience et à accompagner les transformations qui façonneront le nucléaire de demain.
Merci à l’ensemble des intervenants et aux 70 participants pour la qualité des échanges qui ont nourri cette nouvelle édition du Club Nucléaire.
Prochain RDV du nucléaire le 26 novembre 2026 avec le projet OPPEN – Offre de Professionnalisation Pour les Entreprises du Nucléaire
- Présentation des avancées du projet,
- Partage de résultats de travaux menées sur l’évolution des besoins et les enjeux régionaux liés aux besoins de compétences dans la filière nucléaire,
- Favorisation des collaborations & échanges entre acteurs industriels, académiques et institutionnels …
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