Révisée tous les 5 ans, la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC) fixe le cap et les objectifs climatiques de la France pour les prochaines années.
Cette troisième version de la feuille de route bas carbone française, adoptée par décret en juillet 2026 donne des indications importantes sur les priorités de l’action publique, les transformations attendues des filières et les opportunités pour les entreprises et acteurs de l’innovation.
Elle s’inscrit donc aux côtés de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) et du Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC) dans la Stratégie française pour l’énergie et le climat.
RAPPEL
SNBC = la trajectoire de long terme de réduction des émissions de GES, donc l’outil central d’atténuation du changement climatique.
PPE = les orientations opérationnelles de la politique énergétique sur les dix prochaines années, avec les priorités et trajectoires par filière énergétique.
PNACC = les mesures permettant de s’adapter aux conséquences du changement climatique.
Les trois documents forment la Stratégie française pour l’énergie et le climat (SFEC) et sont articulés entre eux. La SNBC et la PPE reposent notamment sur un scénario de référence commun.
Un nouveau cadre de référence pour accélérer la décarbonation
L’ambition de cette SNBC 3 reste inchangée sur les grands horizons :
- -50 % d’émissions territoriales de gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport à 1990 ;
- neutralité carbone en 2050 ;
- sortie progressive des énergies fossiles ;
- réduction de la consommation d’énergie ;
- réduction de l’empreinte carbone liée à la consommation française.
Mais elle marque une évolution : elle ne raisonne plus uniquement à travers les émissions produites sur le territoire français.
La France devient le premier pays à se fixer un objectif chiffré de réduction de son empreinte carbone, qui inclut les émissions associées aux biens et services consommés, qu’ils soient produits sur son territoire mais également hors de son territoire.
L’objectif est particulièrement ambitieux : réduire l’empreinte carbone française de 71 à 79 % d’ici 2050 par rapport à 2010, soit une empreinte comprise entre 160 et 215 MtCO₂e, ou 2,3 à 3,1 tonnes de CO₂e par habitant à 2050. À titre de comparaison, l’empreinte française est estimée à 563 MtCO₂e, soit 8,2 tCO₂e/habitant en 2024.
Les budgets carbone : une trajectoire désormais chiffrée jusqu’en 2038
La SNBC 3 traduit cette ambition en plafonds d’émissions de gaz à effet de serre à ne pas dépasser sur des périodes de cinq ans : Les budgets carbone.
Ils sont exprimés en moyenne annuelle et déclinés par secteur et par type de gaz. Ils permettent de traduire l’objectif de long terme de neutralité carbone en trajectoires intermédiaires et de vérifier que la France reste sur la trajectoire fixée. La SNBC 3 actualise les budgets 2024-2028 et 2029-2033 et fixe celui de 2034-2038
Période
2024-2028
2029-2033
2034-2038
Budget carbone annuel moyen
342 MtCO₂e/an
262 MtCO₂e/an
194 MtCO₂e/an
Le budget passe donc de 342 à 194 MtCO₂e/an entre les périodes 2024-2028 et 2034-2038, soit une diminution de plus de 40 %.
Pour les entreprises, collectivités et acteurs de l’innovation, ces chiffres constituent surtout un indicateur de la vitesse de transformation attendue de l’économie française.
SNBC 3 : ce qui change et ce que cela implique pour les filières énergétiques
La stratégie s’organise autour de sept objectifs stratégiques :
1. Décarboner massivement l’économie
2. Atteindre la neutralité carbone en 2050
3. Renforcer la souveraineté énergétique et sortir des énergies fossiles
4. Réduire la consommation d’énergie
5. Consolider les puits de carbone
6. Garantir une transition juste et soutenable
7. Réduire l’empreinte carbone de la France.
Ces objectifs se déclinent en orientations sectorielles pour l’industrie, les transports, les bâtiments, l’agriculture, l’énergie, les déchets et les puits de carbone, mais également en orientations transversales et en objectifs portant sur l’empreinte carbone.
Pour les acteurs de la transition énergétique, plusieurs tendances fortes se dégagent.
- De la réduction des émissions à une approche plus large de l’empreinte carbone
La SNBC 3 ne regarde plus uniquement les émissions territoriales : elle intègre explicitement l'empreinte carbone et les émissions liées aux importations. Elle fixe en outre pour la première fois un objectif chiffré sur cette empreinte.
Ce que cela change : Cela renforce le lien entre décarbonation, production industrielle en France, chaînes d’approvisionnement et compétitivité. Développer des solutions bas carbone ne suffit plus ; il s’agit également de contribuer à leur maîtrise technologique et à leur capacité d’industrialisation sur les territoires.
- La transformation des usages devient centrale
La SNBC 3 confirme que l’atteinte de la neutralité carbone ne repose pas uniquement sur le développement de nouvelles capacités de production d’énergie bas carbone. Elle implique avant tout de transformer en profondeur nos usages énergétiques, afin de réduire la consommation d’énergie et de sortir progressivement des énergies fossiles.
Cette évolution constitue un enjeu majeur : il s’agit de consommer moins, mais aussi de consommer autrement, en adaptant les équipements, les procédés industriels, les bâtiments, les mobilités et, plus largement, les systèmes énergétiques aux ressources bas carbone disponibles.
Cette transformation passe notamment par :
- L’efficacité et la sobriété énergétiques, pour réduire les besoins ;
- L’électrification des usages, notamment dans l’industrie, les transports et les bâtiments, lorsque celle-ci constitue une solution pertinente ;
- Le développement de la chaleur renouvelable, notamment pour répo
- Le développement des énergies bas carbone, dont le solaire et le nucléaire ;
- L’hydrogène bas carbone, pour certains usages difficiles à électrifier directement ;
- Le stockage et la flexibilité, indispensables pour adapter production et consommation ;
- Le développement et l’adaptation des réseaux, pour accompagner ces nouveaux équilibres ;
- Et plus largement, l’émergence de nouveaux modèles énergétiques, davantage intégrés, locaux et interconnectés.
L’enjeu n’est donc plus seulement de produire davantage d’énergie bas carbone, mais de repenser la manière dont l’énergie est produite, distribuée, stockée et consommée.
Pour les acteurs industriels et technologiques, cette évolution ouvre ainsi un champ d’innovation qui dépasse largement les seules technologies de production : nouveaux procédés, efficacité énergétique, pilotage des consommations, hybridation des solutions, stockage, chaleur renouvelable ou encore optimisation des systèmes énergétiques deviennent autant de leviers pour accélérer la sortie des énergies fossiles.
La transition énergétique change ainsi d’échelle : elle ne transforme pas seulement le mix énergétique, elle transforme les usages et les systèmes qui l’organisent.
- Industrie : décarbonation et réindustrialisation plus que jamais indissociables et à la base du modèle économique européen
La réindustrialisation n’est pas une nouveauté de la SNBC 3. En revanche, la nouvelle stratégie renforce clairement le lien entre décarbonation, compétitivité industrielle et souveraineté. La transition climatique ne peut plus être pensée indépendamment de la capacité de la France et de l’Europe à produire, à innover et à maîtriser les technologies nécessaires à cette transformation.
La logique évolue ainsi : décarboner notre économie tout en renforçant notre capacité à produire en France et en Europe et à réduire nos dépendances stratégiques.
Cette articulation répond à un double enjeu. D’une part, l’industrie doit poursuivre sa réduction des émissions de gaz à effet de serre et transformer ses procédés, ses consommations énergétiques et ses modes de production. D’autre part, cette transformation représente une opportunité de développer de nouvelles filières industrielles, de créer de la valeur et de renforcer la maîtrise de technologies stratégiques.
La SNBC 3 inscrit ainsi la transition climatique dans une vision plus large de résilience et de souveraineté économique : produire davantage de solutions bas carbone sur le territoire, sécuriser les approvisionnements, développer les compétences et accélérer l’industrialisation des innovations deviennent autant de conditions de réussite de la transition.
Pour les entreprises, cette évolution signifie également que la performance environnementale et la performance économique sont de moins en moins dissociables. Décarboner un procédé peut permettre de réduire une dépendance énergétique, de renforcer la compétitivité d’un site industriel ou encore d’anticiper l’évolution des marchés et des réglementations.
Pour les filières énergétiques, les enjeux sont donc multiples : développement des énergies bas carbone, électrification des procédés, efficacité énergétique, hydrogène, stockage, réseaux, recyclage, mais aussi développement et industrialisation des technologies qui permettront de décarboner l’économie.
- Transports : électrification, report modal et carburants bas carbone
Le secteur des transports reste le premier émetteur de gaz à effet de serre en France, avec 125,4 MtCO₂e en 2024. La SNBC 3 prévoit une réduction de 26 % des émissions du secteur en 2030 et vise une quasi-neutralité carbone en 2050.
La trajectoire combine plusieurs leviers :
- Électrification des véhicules terrestres ;
- Amélioration de leur efficacité énergétique ;
- Maîtrise de la demande ;
- Développement des transports collectifs et des mobilités actives ;
- Report modal ;
- Développement du fret ferroviaire et fluvial ;
- Carburants durables pour les usages difficiles à électrifier, notamment l’aérien et le maritime.
Cette orientation ouvre des perspectives sur les infrastructures de recharge, le stockage, les systèmes énergétiques, l’hydrogène, les carburants de synthèse et les solutions destinées aux secteurs difficiles à électrifier.
- Souveraineté énergétique : réduire la dépendance aux fossiles
La SNBC 3 donne à la souveraineté énergétique une place renforcée, en faisant explicitement de la garantie de celle-ci et de la sortie des énergies fossiles l’un de ses objectifs stratégiques.
Dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques, la volatilité des prix de l’énergie et la persistance de dépendances aux importations fossiles, la décarbonation et la souveraineté énergétique apparaissent plus que jamais comme deux dimensions d’une même trajectoire.
Cette ambition pose également une question de maîtrise technologique et industrielle. La souveraineté énergétique ne repose pas uniquement sur la capacité à produire de l’énergie sur le territoire : elle suppose aussi de maîtriser les technologies, les équipements et les chaînes de valeur qui permettent de produire, transporter, stocker et utiliser cette énergie.
Cette trajectoire fait directement écho aux enjeux portés par les filières du nucléaire, du solaire, de l’hydrogène bas carbone, des bioénergies, du stockage, des réseaux et de la flexibilité, mais aussi aux innovations permettant d’améliorer l’efficacité énergétique et de transformer les usages.
- Les puits de carbone représentent un enjeu majeur
La réduction des émissions ne suffira pas à elle seule à atteindre la neutralité carbone.
La SNBC 3 prévoit donc également de consolider les puits de carbone naturels, qui se sont dégradés ces dernières années, notamment via les secteurs des terres, de l’agriculture et de la forêt, ainsi que le développement progressif de puits technologiques.
Ce que cela signifie concrètement pour les acteurs de la transition énergétique
Au-delà des objectifs, la SNBC 3 donne surtout une indication sur les besoins futurs de l’économie française.
- Accélérer l’électrification
Le développement de l’électricité bas carbone et l’électrification des usages devraient continuer à générer des besoins en production, réseaux, stockage, flexibilité et gestion intelligente de l’énergie.
- Décarboner les procédés industriels
Les entreprises devront mettre en œuvre des solutions permettant de réduire leurs consommations fossiles et leurs émissions de procédés tout en maintenant leur compétitivité.
- Développer les vecteurs énergétiques complémentaires
L’électrification ne pourra pas répondre seule à tous les usages. Hydrogène, biogaz, biomasse, carburants durables et molécules bas carbone conservent donc une place dans les secteurs difficiles à électrifier.
- Renforcer l’intégration de l’économie circulaire dans la trajectoire de décarbonation
La décarbonation et l’économie circulaire ne constituent pas deux trajectoires distinctes : elles se renforcent mutuellement. La SNBC 3 marque ainsi une volonté d’intégrer davantage les enjeux de sobriété matière, de réemploi, de recyclage et de valorisation des ressources dans la transformation du modèle économique.
- Penser compétitivité et souveraineté
La transition énergétique est désormais plus explicitement associée aux enjeux industriels de sécurisation des approvisionnements, de réindustrialisation, de maîtrise des technologies stratégiques et de développement de chaînes de valeur nationales et européennes.
- Anticiper les besoins en compétences
La transformation des filières implique également de nouvelles compétences techniques, industrielles, numériques, réglementaires et commerciales. La capacité à former et attirer les talents devient donc un facteur de réussite de la trajectoire.
Une feuille de route… mais surtout un cadre pour l’action
La SNBC 3 ne constitue pas à elle seule l’ensemble des mesures qui permettront d’atteindre ces objectifs. Elle fixe une trajectoire et des orientations qui doivent ensuite être traduites en politiques publiques, réglementations, investissements, dispositifs d’accompagnement et financements.
Elle donne un cadre de référence pour les transformations à engager dans les prochaines années : réduction des consommations, sortie des énergies fossiles, transformation des usages, décarbonation industrielle, développement des énergies bas carbone, renforcement des puits de carbone et réduction de l’empreinte carbone.
Pour les entreprises et acteurs de l’innovation, elle confirme surtout une tendance de fond : les enjeux de décarbonation sont désormais indissociables des enjeux de compétitivité, de souveraineté et d’industrialisation.
C’est précisément à ce niveau que se situera une partie des enjeux pour les entreprises : quelles technologies seront déployées ? À quel rythme ? Avec quels dispositifs de soutien ? Quels marchés émergeront ? Et comment transformer les objectifs nationaux en projets industriels concrets dans les territoires ?
La SNBC 3 constitue ainsi moins une destination qu’une boussole : elle permet d’identifier les secteurs appelés à se transformer, les besoins technologiques qui vont émerger et les opportunités de coopération, d’innovation et d’industrialisation qui peuvent en découler.
Dans un contexte où compétitivité, souveraineté et décarbonation sont de plus en plus liées, la capacité à proposer des solutions concrètes et industrialisables devient un enjeu central de la transition énergétique française.
Retrouvez les documents de la SNBC ici