Le 5 mars 2026, à MINATEC (Grenoble), près de 200 acteurs se sont réunis à l’occasion de la 2ème édition de la Journée Nationale de la filière industrielle solaire photovoltaïque.
Un événement qui s’inscrit dans un contexte stratégique pour l’Europe et la France : faire du solaire non seulement un levier de décarbonation, mais aussi un pilier de souveraineté industrielle.
Aujourd’hui, l’Union européenne vise près de 750 GW de capacité photovoltaïque installée d’ici 2030, un objectif qui implique non seulement de déployer massivement, mais aussi de produire autrement.
Car derrière la transition énergétique, un autre enjeu se dessine : reconstruire une chaîne de valeur photovoltaïque européenne complète.
TOUTE LA CHAINE DE VALEUR RÉUNIE EN UN SEUL LIEU AUTOUR D’UN ENJEU CLAIR
Des matières premières au recyclage des panneaux, en passant par les giga-usines industrielles, la R&D et les sujets marchés, l’ensemble des maillons de la chaîne de valeur était représenté.
Une configuration loin d’être anodine dans un contexte où plus de 80 % de la production mondiale de panneaux photovoltaïques est aujourd’hui concentrée en Chine.
Face à cette dépendance, l’Europe s’est fixé un cap clair : reconstruire une chaîne d’approvisionnement photovoltaïque “Made in Europe”, couvrant l’ensemble des étapes de la chaîne de valeur.
Cet objectif est notamment porté par le Net-Zero Industry Act, qui vise à renforcer les capacités industrielles européennes sur les technologies stratégiques.
Au niveau français, cette dynamique doit pouvoir s’appuyer sur des dispositifs structurants pour favoriser le développement d’une industrie française comme projeté dans la nouvelle version de la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie publiée à la mi-février 2026.
Les échanges de cette journée ont confirmé cet enjeu pour :
- Structurer une filière compétitive,
- Accélérer les projets industriels,
- Renforcer la souveraineté énergétique européenne.
INDUSTRIALISATION, INNOVATION, RECYCLAGE : DES SIGNAUX FORTS DANS UN MARCHÉ EN CROISSANCE
Le marché mondial du solaire connaît une croissance sans précédent, en phase avec les politiques européennes et nationales, avec plus de 700 GW installés en 2025.
Selon le Becquerel Institute, près de 3 TW/an de capacités photovoltaïques supplémentaires devraient être installés d’ici 2030 pour atteindre les objectifs climatiques, confirmant l’ampleur du marché.
Une industrialisation qui s’accélère et s’organise face à la concurrence mondiale
Alors que la Chine concentre aujourd’hui l’essentiel des capacités de production, l’Europe tente de réindustrialiser sa filière.
Les projets présentés lors de la journée illustrent concrètement cette dynamique :
- Voltec Solar prévoit une ligne de production tandem pérovskite-silicium d’ici 2026,
- Heliup a levé 16 M€ pour accélérer son industrialisation,
- Carbon et HoloSolis sécurisent leurs sites d’implantation de gigafactories (Miramas (13) et Hambach (57) pour des capacités prévues de 5 GW/an chacun.
À titre de comparaison, certaines usines asiatiques dépassent déjà 10 GW de capacité annuelle, ce qui souligne le défi à relever.
Innovation et R&D, leviers pour rester compétitif et repositionner l’Europe
Face à cette concurrence, l’innovation est un levier clé, avec en France des acteurs reconnus au niveau international comme le CEA, le CNRS et l’IPVF notamment, qui travaille sur les cellules tandem pérovskite-silicium, avec des rendements théoriques pouvant atteindre 40 %.
Recyclage et éco-conception : un enjeu industriel et environnemental
Avec l’augmentation du parc installé, la question de la fin de vie des équipements devient centrale.
Selon l’Agence internationale pour les énergies renouvelables, le volume de déchets photovoltaïques pourrait atteindre 78 millions de tonnes d’ici 2050, ce qui requiert une évolution vers une filière plus circulaire et durable.
Dans ce contexte :
- ROSI Solar estime un marché du recyclage potentiel entre 80 et 100 milliards d’euros d’ici 2050, avec récupération d’argent, silicium, aluminium, cuivre et verre,
- SORENpropose un simulateur éco-modulation pour encourager l’éco-conception des panneaux.
Souveraineté européenne : un enjeu stratégique renforcé
La question de la souveraineté industrielle était au cœur des échanges.
Alors que l’Europe vise la neutralité carbone à horizon 2050, elle dépend encore largement des importations pour ses équipements énergétiques.
Le débat autour de l’Industrial Accelerator Act a mis en lumière un enjeu clé : redéfinir ce que signifie réellement le “Made in Europe”.
Comme l’a souligné Jules Nyssen, Président du Syndicat des Énergies Renouvelables (SER) : “Nous devons redonner au Made In Europe le sens qu’il doit avoir”afin de permettre de véritablement construire une filière européenne. La DGE travaille quant à elle sur des améliorations du texte en discussion au niveau européen.
Une dynamique collective, une filière qui se structure à tous les niveaux
Au-delà des annonces, cette journée confirme une tendance de fond : la filière solaire européenne est en train de se structurer et repose sur une articulation forte entre initiatives européennes, dispositifs nationaux, projets industriels concrets, innovation technologique.
Et ce, dans un contexte où le solaire pourrait devenir la première source d’électricité mondiale d’ici 2050, selon l’Agence internationale de l’énergie.
Pour Sylvain BRÉMOND, Directeur Général Adjoint du Pôle de Compétitivité Capenergies : « Après une première édition de journée nationale filière industrielle solaire PV tenue en Octobre 2024 à Martigues, sous l’impulsion de Capenergies, je suis très heureux que cette deuxième édition à Grenoble ait pu réunir encore plus de participants. Les échanges ont été très riches et j’ai ressenti un alignement très fort, encore plus que lors de la 1ère édition, de l’ensemble des acteurs institutionnels, industriels et de la recherche sur l’objectif de construction d’une souveraineté industrielle de la filière française et européenne. Gageons que la situation géopolitique internationale actuelle accélère encore la prise de conscience de l’importance de prendre toutes les dispositions nécessaires, au niveau européen notamment, pour permettre aux projets industriels de se réaliser, dans un contexte de forte croissance du solaire au niveau international. »
Une journée organisée par Capenergies, Tenerrdis, l’INES – Institut National de l’Energie Solaire, CARBON, HoloSolis et le CEA.
Avec le soutien de l’ADEME, la Région Auvergne-Rhône-Alpes, la Région Sud – Provence-Alpes-Côte d’Azur et l’Université Grenoble Alpes